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AARON................2
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| Tout est plein dans les œuvres du seigneur ; que tout soit plein dans nos œuvres, si nous voulons entrer dans ses voies. Saints patriarches, quand vous réunissiez-vous à votre peuple ? C’est quand la mesure de vos œuvres était remplie. Avons-nous un moment qui soit à nous ; avons-nous à faire un mouvement qui soit arbitraire ? Échelle de Jacob, tu as passé dans l’homme ; tu as rendu tous ses membres agiles et dispos, pour qu’il soit toujours prêt à combattre. Il a senti au dedans de lui s’élever le temple du seigneur, et l’autel s’élever au milieu du temple. Le seigneur a établi sa gloire sur cet autel ; il a placé la force à l’occident ; il a pris pour ses assistants l’intelligence et l’amour : et sur son front est écrit la sainteté. Où est le vide ? Ils sont toujours tous prêts à nous seconder dans l’œuvre du seigneur. Abraham, Isaac et Jacob, vous serez pour moi comme le germe de notre dieu dans l’univers. Moïse, tu terrasseras les ennemis du seigneur. Aaron, tu présideras aux sacrifices. Josué, tu me serviras de guide pour entrer dans la terre promise, et tu me défendras des ruses de mes ennemis. Samuel, tu m’ouvriras les voies des régions invisibles et des demeures de la paix. David, tu m’apprendras à chanter les louanges et les merveilles du seigneur. Jean, tu m’ouvriras la vraie piscine. Saints élus de mon dieu, l’éternel sacrificateur couronnera toutes vos puissances ; il vivifiera toutes vos œuvres et toutes les œuvres de mes mains, et c’est alors que tout sera plein. | Homme de désir 181 |
| Qui me donnera de prendre l’encensoir, et d’aller, comme Aaron, au milieu du camp, pour empêcher les serpents de dévorer les enfants d’Israël ? Que nous peignent-ils, tous ceux qui n’ont pas reçu la vie ? Ils ne nous peignent que des ombres ; ils ne nous peignent que des reflets imaginaires de cette lumière qu’ils n’ont pas vue. Oseraient-ils se présenter au camp, pour en éloigner l’ennemi ? Y vinssent-ils au nom du seigneur, ils seraient repoussés ; et l’ennemi leur dirait, comme aux exorcistes juifs : je ne vous connais point. Éloignez-vous des ombres ; elles sont les compagnes de la froidure. Les symboles mêmes, quoique ayant leur utilité, ne sont nécessaires qu’à ceux qui ne connaissent pas le principe. Avant de peindre, attendez d’avoir des modèles ; et ne prenez point le pinceau, que ce ne soit la vie qui vous échauffe : car la vie frissonne des abus qui naissent de l’indiscrétion et de l’imprudence ; elle ne se livre qu’aux sages administrateurs. As-tu calculé les degrés de l’homme ? Vois son échelle : l’homme inique, l’homme dépravé, l’homme sensuel, l’homme sensitif, l’homme sensible, l’homme moral, l’homme spirituel, l’homme sapientiel, l’homme divin. Compare les deux extrêmes, compare seulement les deux régions ; et vois si l’inférieure peut apercevoir de ce qui se passe dans la supérieure. Aussi nous ne pouvons dire d’où nos œuvres viennent : mais l’essentiel n’est pas de le dire ; il est suffisant pour nous de le sentir. | Homme de désir 241 |
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ABAISSAS.............1
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| Comment douterai-je que l’homme ne soit chargé de faire lui-même son œuvre et de se créer ses plaisirs ? D’où lui viennent tous ces soins d’orner ses habitations, et d’y intéresser sa vue par mille objets d’agrément et de surprise ? Cette image, toute fausse qu’elle est, rappelle à l’homme un bonheur, par lequel la vie coulait naturellement en lui, comme les fleuves dans leurs lits et les fontaines dans leurs canaux ; au lieu qu’aujourd’hui, s’il veut goûter la vie, il faut qu’il commence par la faire sortir de lui, avec les plus laborieux efforts. Oh ! Homme, si tu n’avais le pouvoir d’éloigner le bonheur, il ne serait plus pour toi un devoir ; il ne serait pas même un besoin : il serait un droit ou une loi, comme la gravité ; et tu n’aurais plus aucun soin, aucun mouvement à te donner. Mais aussi tu n’aurais plus aucune jouissance à espérer ; car nul être n’a de vraie jouissance que de sa production et de ses œuvres. Pourquoi Dieu doit-il, nécessairement et éternellement, se renfermer dans la propre contemplation de lui-même ? C’est qu’il n’y a aucun autre être qui soit digne de ses regards. Pourquoi les hommes ne peuvent-ils, sans danger, contempler d’autre être que ce suprême auteur de la vie ? C’est qu’au dessous de lui il n’en est aucun sur qui ils puissent trouver à faire reposer leur hommage. Homme, la sagesse autrefois, aux accents de ton amour, entrouvrait son sein pour verser sur toi de nouvelles faveurs, qui, à leur tour, faisaient sortir de toi de nouveaux hommages. Ingrat, tu cessas le premier ce commerce de bienfaits et de délices, qui n’eût jamais dû s’interrompre. Tu abaissas tes regards sur toi-même ; et en renfermant ta foi dans toi, tu lui donnas la mort, comme l’airain en ébullition est saisi par le froid de l’air. Commence par dissoudre, en t’agitant dans ta prison, toutes les barrières qui resserrent ta vie. Il faut que tu rompes toi-même ce lien honteux, cet organe étranger à ton être, par où tu as reçu jusqu’ici ta nourriture dans les ténèbres du sein de ta mère. Il faut que tu t’empares du nouvel aliment qui t’est offert, et que tu puises la vie par un organe plus digne de toi, puisqu’il doit être un jour celui de ta parole et le ministre de la lumière. | Homme de désir 94 |
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ABANDON..............3
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| Un homme prit à terme un terrain considérable ; on lui donna aussi le grain nécessaire pour l’ensemencer. Il ne travailla point à la culture de ce terrain, et il laissa le grain dans un endroit humide et froid. Le grain se pourrit, et le terrain se couvrit de ronces et d’épines. Quand le terme du paiement arriva, le fermier prétendit qu’il ne devait rien, sous prétexte qu’il n’avait reçu, ni grain fertile, ni terrain propre à la culture. Le propriétaire était doux ; il dit au fermier : mon ami, je pourrais vous perdre, j’aime mieux vous sauver. Venez avec moi, essayons ensemble de raser ces épines et ces ronces. Je partagerai votre travail, jusqu’à ce que vos yeux revoient ce champ que vous avez perdu de vue. Allons dans ce lieu humide et froid, où vous avez laissé pourrir votre grain. Peut-être tout n’est-il pas gâté. Quand il n’y en aurait de conservé que plein la main, nous l’emploierons. Le fermier ne put résister à cette générosité. Le champ fut défriché ; on trouva encore quelques grains épars que la putridité n’avait pas atteints. On les sema, et dans peu d’années le fermier fut dans le cas de s’acquitter, et d’amasser encore de nombreuses provisions pour sa famille. Mortels imprudents, pourquoi êtes-vous devenus incrédules à votre vie ? Pourquoi avez-vous osé nier le soleil ? Vous avez laissé vos moyens originels dans l’abandon. Ils n’ont rien produit. Vous n’avez point cultivé avec le soc de la charrue le champ de l’intelligence, vous vous êtes contentés de vous y promener. Vous y avez vu des plantes sauvages, vous les avez laissé croître. Elles sont devenues si épaisses et si hautes qu’elles vous ont caché la lumière. Les abus vous ont fait nier les principes, tandis que les principes devaient vous faire discerner et corriger les abus ; et vous avez dit qu’il n’y avait point de vérité. Quel est donc l’insensé qui pourra vous croire, si vous abusez ainsi de votre propre raison. Le propriétaire vient, et si vous n’écoutez pas les offres qu’il vous fait, il saura bien se faire rendre justice et tirer de vous, à vos dépens, l’aveu de votre dette. Le titre en est ineffaçable. | Homme de désir 51 |
| Et toi souverain des êtres, quels obstacles pourraient t’empêcher d’atteindre jusqu’à l’homme ? L’espace et le temps ne sont point des barrières pour ta puissance. Donne issue au moindre de tes désirs, et dès l’instant je serai environné et comme ébloui de ta présence. Si c’est à ton nom que tout ce qui existe est suspendu, laisserais-tu tomber mon âme dans l’abandon, comme ne pouvant pas la soulever et la soutenir au dessus des précipices ? | Homme de désir 63 |
| Ce que son père lui a donné, est plus grand que toutes choses ; et cependant il n’est venu que pour partager ces dons avec nous. Que ton sang ne monte point par dessus ta tête ! Un ami fidèle te fera goûter toute la vivacité de l’enfance. Il te laissera agir avec l’abandon du premier âge, parce qu’il t’en conservera toute la pureté. Mets une ceinture sur les reins de ton cœur ; serre les nœuds : l’ennemi ne pourra s’élever à ta région. Quoi de plus grand que de contenir la mort et de semer la vie ! N’est-ce pas par-là que le père a été glorifié en lui ? D’une main il précipitait les ennemis dans l’abyme ; et de l’autre, il faisait briller sa lumière. Qui pourra méconnaître ici notre destination originelle ? Ne laissons point monter la mort hors de l’abyme. Ne laissons entrer dans le monde aucune pensée, qu’elle ne soit mûre et épurée, si nous ne voulons pas qu’elle y porte le ravage, et qu’elle s’empare de la chaire de la sagesse et de la paix. N’imposez légèrement les mains à personne, disait Paul, de peur de vous rendre participants des péchés d’autrui. Est-ce assez, ouvrier lâche et paresseux, de te faire violence à toi-même, et de chasser le mal hors de toi ? L’ennemi que tu chasses, se réfugie auprès de quelqu’un de tes semblables, et va peut-être augmenter son trouble et son travail. | Homme de désir 178 |
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ABANDONNANT..........1
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| Interprètes de la mythologie, pourquoi dites-vous qu’elle ne voilait que la marche des astres, et les lois de la nature matérielle et corruptible ? Quelle proportion y aurait-il là, entre la figure et la chose figurée ? L’allégorie n’est-elle pas inutile quand elle est supérieure à son objet ? Ne cesse-t-elle pas d’être allégorie ? Oui, alors elle est puissance, et elle agit à force ouverte. Encore si vous vous étiez élevés jusqu’aux principes actifs de la nature, dont la connaissance et l’emploi doivent rester ignorés du vulgaire ! Mais un nouvel obstacle s’élève : la mythologie et la physique seraient en litige. La mythologie, pour être admissible, devrait au moins se reposer sur les principes actifs de la nature ; et la physique ne veut point de ces principes ; et elle veut tout former par des agrégats. Tandis que s’il n’y a qu’une unité, avec quoi parviendrait-on à l’agréger ? Mythologie, physique, vous ne pourrez vous concilier qu’en abandonnant chacune votre système, et en vous élevant ensemble à un degré plus simple, où vous trouveriez chacune la clef de votre temple. Quand vous l’aurez trouvée, usez-en encore avec prudence. Toutes les altérations tiennent à la source putréfiée : toutes les rectifications tiennent à la source pure. Sans le coup d’œil supérieur, comment appliquerez-vous donc vos principes ? Que faites-vous, doctes ignorants, quand vous nous peignez les lois de la formation du monde ? C’est avec la mort que vous composez la vie ; vous prenez toute votre physique dans les cimetières. De quoi vos cabinets de science sont-ils remplis ? De squelettes et de cadavres, dont vous avez soin de bien conserver la forme et les couleurs, mais dont le principe et la vie sont séparés. Votre pensée ne vous dit-elle pas, qu’il y a une physique meilleure que celle-là ; et que c’est celle où on ne s’occupe que des principes, et d’où les corps morts sont éloignés ? Mais non, vous avez porté ce coup d’œil mort et destructeur, sur tous les objets de vos spéculations. Vous l’avez porté sur la base du rectangle isocèle que vous avez cherché à connaître, parce que vous avez trouvé des rapports matériels entre ses résultats et les résultats de ses côtés ; tandis que le nombre et le vrai rapport de cette base ne nous seront jamais confiés, attendu que si nous les connaissions, nous pourrions créer des esprits. Ne vous suffit-il pas de calculer la base à deux centres qui a osé tenter de l’imiter, et qui ouvre à la fois une source inépuisable à vos larmes, à votre intelligence et à votre admiration ? Vous l’avez porté, ce coup d’œil destructeur, sur un sujet bien plus près de vous, puisque vous l’avez porté jusques sur la parole. | Homme de désir 7 |
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ABANDONNE............5
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| Je le louerai, parce qu’il a formé âme humaine de l’extrait de ses propres vertus. Je le louerai, puisque tous les êtres pensants sont les témoins vivants de son existence. Je le louerai, puisque âme humaine se manifeste comme lui par la parole. Je le louerai, parce qu’il n’abandonne pas l’homme dans sa misère Je le louerai, parce qu’il le dirige comme une mère tendre dirige son enfant, et lui fait essayer ses premiers pas. Je le louerai, parce qu’il a donné à l’homme le pouvoir d’employer les animaux même à la culture de la terre. Hommes, cessez de ne prouver Dieu que par la nature matérielle. Vous ne prouvez par-là que le Dieu puissant et fécond. Et si cette nature matérielle avait déjà accompli tous ses types, et qu’elle n’existât plus, comment prouveriez-vous donc celui qui l’a formée ? Et si vous la rendez éternelle, donnez-lui donc aussi, comme à votre Dieu, l’intelligence et la sainteté. Annulez donc tous les types qu’elle doit offrir, et qui dès lors deviennent superflus. Et les désordres évidents qu’elle annonce, comment les expliquerez-vous, si elle n’a ni la liberté ni la pensée ? Les cieux annoncent la gloire de Dieu ; mais son amour et sa sagesse, c’est dans le cœur de l’homme qu’en est écrit le véritable témoignage. C’est dans l’extension sans borne de notre être immortel, que se trouve le signe parlant du Dieu saint et sacré, et du Dieu bienfaisant à qui sont dus tous nos hommages. L’univers peut passer, les preuves de mon Dieu n’en seront pas moins immuables, parce que l’âme de l’homme surnagera sur les débris du monde. Si vous éteignez l’âme humaine, ou si vous la laissez se glacer par l’inaction, il n’y a plus de Dieu pour elle, il n’y a plus de Dieu pour l’univers. Je tiendrai mon âme en activité, pour avoir continuellement en moi la preuve de mon Dieu. Je la tiendrai occupée à la méditation des lois du seigneur. Je la tiendrai occupée à l’usage et à l’habitude de toutes les vertus. Je la tiendrai occupée à se régénérer dans les sources vivifiantes. Je la tiendrai occupée à chanter toutes les merveilles du seigneur, et l’immensité de sa tendresse pour l’homme. Quels instants pourront lui rester qui ne soient pas remplis par la prière ? Ma vie sera un cantique continuel, puisque la puissance et l’amour de mon Dieu sont sans borne. Dès que je m’approcherai du seigneur pour le louer, il m’enverra le sanctificateur. Le sanctificateur m’enverra le consolateur. Le consolateur m’enverra l’ami de l’ordre. L’ami de l’ordre m’enverra l’amour de la maison de mon Dieu. L’amour de la maison de mon Dieu, m’enverra la délivrance : et les ténèbres se sépareront de moi, pour être à jamais précipitées dans leurs abymes. | Homme de désir 12 |
| Pourquoi l’homme ici-bas est-il rempli d’espérance ? C’est qu’il vit dans les liens de l’amour. Aussi tout serait doux dans la vie de l’homme, sans les moyens forcés qu’il emploie sans cesse pour arriver au bonheur. Mais quand les liens de la vie terrestre viennent à se rompre, les liens de l’amour se suspendent pour lui laisser subir une plus grande épreuve. Liens de l’amour, si vous vous rompez alors, ceux de l’espérance se rompent donc aussi ; car l’espérance est fille de l’amour. Un homme navigue tranquillement sur un fleuve, sa nacelle se brise, et il est précipité dans les eaux ; la sécurité dont il jouissait, l’abandonne. Au milieu de la frayeur il descend jusqu’à ce que, rencontrant le fond de l’eau, il soit reporté, par le choc, à la surface. Voilà l’effet de la rupture de nos liens terrestres ; voilà comme on nous ravit l’espérance. | Homme de désir 72 |
| La sagesse est l’avant-coureur du nom du seigneur, et le nom du seigneur apporte avec lui tous les biens. C’est lui qui a produit le monde, c’est lui qui est l’auteur et la nourriture de la pensée, c’est lui qui a sauvé l’homme de la terre de perdition. Sa main connaît la mesure : elle ne se rendra pas à vos désirs trop impatients ; mais elle sera près de celui qui s’abandonne à elle ; et qui ne veut pas avoir d’autre maître. Je veillerai dans la crainte et le tremblement, et ne sachant si tu veux que j’obtienne. Heureux celui dans qui la semence d’iniquité épuise ici-bas toutes ses forces, et jette au dehors tous ses rameaux ! Heureux celui qui n’emporte pas avec lui cette semence dans la région des vivants ! Elle y produirait comme ici-bas, elle y couvrirait de ses ronces les plantes fertiles, elle y détruirait avec ses épines les fruits succulents et magnifiques ; et alors avec quoi l’homme se nourrirait-il ? Semence de justice et de vérité, descendez en l’homme dès ce monde ; étouffez en lui les plantes étrangères ; que vos rameaux couvrent toute sa terre, et qu’ils portent leurs têtes immortelles au-delà du temps ! | Homme de désir 105 |
| Ne te décourage point, si le succès ne répond pas toujours à tes travaux. Le laboureur ouvre le sein de la terre, il y jette le bled, il le recouvre ; puis il se retire et abandonne son champ aux soins de la providence. Quand même la récolte viendrait à manquer, en est-il moins un ouvrier irréprochable ? Mais si, après bien des efforts, tu sentais que ton âme s’élève et qu’elle aime son Dieu, comment regretterais-tu tes sueurs et tes travaux ? Le bonheur de l’homme est dans la main de Dieu, et c’est lui qui met sur la personne du sage les marques d’honneur qui lui appartiennent. C’est lui qui nous dit : considérez l’œil du prophète, lisez-y les secrets et les dispositions du cœur de Dieu, comme vous lisez, dans l’œil du ministre d’un roi, les secrets et les dispositions du cœur de son maître. Car j’ai rendu l’œil du prophète la mesure sensible de mes affections, et j’y trace en lettres vives, mes ordonnances et mes desseins. C’est pourquoi j’ai établi l’œil du prophète, pour être la lampe de votre cœur et de votre esprit ; mais si vous négligez d’en considérer la lumière et de vous conduire à sa clarté, je ferme l’œil du prophète, et tout votre être demeure dans les ténèbres. | Homme de désir 129 |
| Pourquoi te livres-tu aux impressions mixtes et inférieures ? Pourquoi descends-tu sur les degrés de l’abyme ? Et ils sont tranquilles dans ces ténèbres ! Et les transports d’une joie insensée viennent encore s’emparer d’eux ! Ces lieux de ténèbres sont pires que les mers agitées. Quand le vaisseau est descendu comme dans des gouffres, ne s’élève-t-il pas sur le sommet des flots ? Mais ici point d’alternative : les gouffres sont toujours ouverts, et dans ces gouffres toujours ouverts l’homme se sent toujours tomber et toujours descendre. Malheureux ! Ces demeures seraient-elles l’asile de ta pensée ? N’es-tu pas né pour l’élément supérieur ? Porte ta vue au dessus de ces abymes. Contemple les régions élevées qui dominent sur ta tête ; saisis tous ces points d’appui qui sont semés dans l’immensité de l’intelligence et des véritables désirs de l’homme. Ce sont autant de branches que la sagesse te présente dans ton naufrage : portes-y la main ; ne lâche point prise que tu ne sois sorti du gouffre, et que tu ne respires un air pur. Qu’êtes-vous, éléments composés ? Vous n’êtes que l’éponge imbibée du péché. Quand ton corps est imbibé de toute ta souillure, il t’abandonne. Il rentre dans la terre, qui est la grande piscine ; et ton âme purgée, s’élève vers sa région originelle, avec qu’il sera beau, ce spectacle futur, où toutes les âmes qui n’auront pas succombé à l’épreuve, s’élèveront ainsi vers la région de la lumière ! | Homme de désir 203 |