ANDRÉ..............2
Il en est de même des prophéties, des miracles, des divinations par les songes, des sortilèges, etc. Car si de tout cela il n'y avait jamais eu rien de véritable, on n'en aurait jamais rien cru : et ainsi, au lieu de conclure qu'il n'y a point de vrais miracles parce qu'il y en a tant de faux, il faut dire au contraire qu'il y a certainement de vrais miracles, puisqu'il y en a de faux, et qu'il n'y en a de faux que par cette raison qu'il y en a de vrais. Il faut raisonner de la même sorte pour la religion ; car il ne serait pas possible que les hommes se fussent imaginé tant de fausses religions, s'il n'y en avait une véritable. L'objection à cela, c'est que les sauvages ont une religion : mais on répond à cela que c'est qu'ils en ont ouï parler, comme il paraît par le déluge, la circoncision, la croix de saint André, etc.
Pensées XIII 817
Et ainsi, au lieu de conclure qu'il n'y a point de vrais miracles, puisqu'il y en a tant de faux, il faut dire au contraire qu'il y a de vrais miracles, puisqu'il y en a tant de faux, et qu'il n'y en a de faux que par cette raison qu'il y en a de vrais, et qu'il n'y a de même de fausses religions que parce qu'il y en a une vraie. – L'objection à cela : que les sauvages ont une religion ; mais c'est qu'ils ont ouï parler de la véritable, comme il paraît par la croix de saint André, le déluge, la circoncision, etc. Cela vient de ce que l'esprit de l'homme, se trouvant plié de ce côté-là par la vérité, devient susceptible par là de toutes les faussetés de cette…
Pensées XIII 8181
 
 ANGELUS............1
Si les miracles sont vrais, pourra-t-on persuader toute doctrine ? non, car cela n'arrivera pas. Si angelus…6.
Pensées XIII 843
 
 ANGES..............3
La religion est proportionnée à toute sorte d'esprits. Les premiers s'arrêtent au seul établissement, et cette religion est telle, que son seul établissement est suffisant pour en prouver la vérité. Les autres vont jusques aux apôtres. Les plus instruits vont jusqu'au commencement du monde. Les anges la voient encore mieux, et de plus loin.
Pensées IV 285
Il ne faut pas que l'homme croie qu'il est égal aux bêtes, ni aux anges, ni qu'il ignore l'un et l'autre, mais qu'il sache l'un et l'autre.
Pensées VI 418
Les saints ont leur empire, leur éclat, leur victoire, leur lustre, et n'ont nul besoin des grandeurs charnelles ou spirituelles, où elles n'ont nul rapport, car elles n'y ajoutent ni ôtent. Ils sont vus de Dieu et des anges, et non des corps ni des esprits curieux : Dieu leur suffit.
Pensées XII 793
 
 ANIMAL.............5
La nature de l'homme est tout nature, omne animal.
Pensées II 94
Qu'ont-ils à dire contre la résurrection, et contre l'enfantement de la Vierge ? Qu'est-il plus difficile, de produire un homme ou un animal, ou de le reproduire ? Et s'ils n'avaient jamais vu une espèce d'animaux, pourraient-ils deviner s'ils se produisent sans la compagnie les uns des autres ?
Pensées III 223
Si un animal faisait par esprit ce qu'il fait par instinct, et s'il parlait par esprit ce qu'il parle par instinct, pour la chasse, et pour avertir ses camarades que la proie est trouvée ou perdue, il parlerait bien aussi pour des choses où il a plus d'affection, comme pour dire : « Rongez cette corde qui me blesse, et où je ne puis atteindre. »
Pensées VI 342
L'esprit de ce souverain juge du monde n'est pas si indépendant, qu'il ne soit sujet à être troublé par le premier tintamarre qui se fait autour de lui. Il ne faut pas le bruit d'un canon pour empêcher ses pensées : il ne faut que le bruit d'une girouette ou d'une poulie. Ne vous étonnez pas s'il ne raisonne pas bien à présent ; une mouche bourdonne à ses oreilles ; c'en est assez pour le rendre incapable de bon conseil. Si vous voulez qu'il puisse trouver la vérité, chassez cet animal qui tient sa raison en échec et trouble cette puissante intelligence qui gouverne les villes et les royaumes. Le plaisant dieu que voilà ! O ridicolosissimo eroe !
Pensées VI 366
– Incroyable que Dieu s'unisse à nous ? – Cette considération n'est tirée que de la vue de notre bassesse. Mais si vous l'avez bien sincère, suivez-la aussi loin que moi, et reconnaissez que nous sommes en effet si bas, que nous sommes par nous-mêmes incapables de connaître si sa miséricorde ne peut pas nous rendre capables de lui. Car je voudrais savoir d'où cet animal, qui se reconnaît si faible, a le droit de mesurer la miséricorde de Dieu, et d'y mettre les bornes que sa fantaisie lui suggère. Il sait si peu ce que c'est que Dieu, qu'il ne sait pas ce qu'il est lui-même ; et, tout troublé de la vue de son propre état, il ose dire que Dieu ne le peut pas rendre capable de sa communication.
Pensées VII 430
 
 ANIME..............1
Est-ce donc que l'âme est encore un sujet trop noble pour ses faibles lumières ? Abaissons-la donc à la matière, voyons si elle sait de quoi est fait le propre corps qu'elle anime et les autres qu'elle contemple et qu'elle remue à son gré. Qu'en ont-ils connu, ces grands dogmatistes qui n'ignorent rien ? Harum sententiarum, 393.
Pensées II 73
 
 ANIMÉ..............1
Je sens que je puis n'avoir point été, car le moi consiste dans ma pensée ; donc moi qui pense n'aurais point été, si ma mère eût été tuée avant que j'eusse été animé ; donc je ne suis pas un être nécessaire. Je ne suis pas aussi éternel, ni infini ; mais je vois bien qu'il y a dans la nature un être nécessaire, éternel et infini.
Pensées VII 469
 
 ANTECHRIST.........16
S'il y a un Dieu, il fallait que la foi de Dieu fût sur la terre. Or, les miracles de Jésus-Christ ne sont pas prédits par l'Antechrist, mais les miracles de l'Antechrist sont prédits par Jésus-Christ ; et ainsi, si Jésus-Christ n'était pas le Messie, il aurait bien induit en erreur ; mais l'Antechrist ne peut bien induire en erreur. Quand Jésus-Christ a prédit les miracles de l'Antechrist a-t-il cru détruire la foi de ses propres miracles ?
Pensées XIII 826
S'il y a un Dieu, il fallait que la foi de Dieu fût sur la terre. Or, les miracles de Jésus-Christ ne sont pas prédits par l'Antechrist, mais les miracles de l'Antechrist sont prédits par Jésus-Christ ; et ainsi, si Jésus-Christ n'était pas le Messie, il aurait bien induit en erreur ; mais l'Antechrist ne peut bien induire en erreur. Quand Jésus-Christ a prédit les miracles de l'Antechrist a-t-il cru détruire la foi de ses propres miracles ?
Pensées XIII 826
S'il y a un Dieu, il fallait que la foi de Dieu fût sur la terre. Or, les miracles de Jésus-Christ ne sont pas prédits par l'Antechrist, mais les miracles de l'Antechrist sont prédits par Jésus-Christ ; et ainsi, si Jésus-Christ n'était pas le Messie, il aurait bien induit en erreur ; mais l'Antechrist ne peut bien induire en erreur. Quand Jésus-Christ a prédit les miracles de l'Antechrist a-t-il cru détruire la foi de ses propres miracles ?
Pensées XIII 826
S'il y a un Dieu, il fallait que la foi de Dieu fût sur la terre. Or, les miracles de Jésus-Christ ne sont pas prédits par l'Antechrist, mais les miracles de l'Antechrist sont prédits par Jésus-Christ ; et ainsi, si Jésus-Christ n'était pas le Messie, il aurait bien induit en erreur ; mais l'Antechrist ne peut bien induire en erreur. Quand Jésus-Christ a prédit les miracles de l'Antechrist a-t-il cru détruire la foi de ses propres miracles ?
Pensées XIII 826
Moïse a prédit Jésus-Christ, et ordonné de le suivre ; Jésus-Christ a prédit l'Antechrist, et défendit de le suivre.
Pensées XIII 826
Il était impossible qu'au temps de Moïse on réservât sa croyance à l'Antechrist, qui leur était inconnu ; mais il est bien aisé, au temps de l'Antechrist, de croire en Jésus-Christ, déjà connu.
Pensées XIII 826
Il était impossible qu'au temps de Moïse on réservât sa croyance à l'Antechrist, qui leur était inconnu ; mais il est bien aisé, au temps de l'Antechrist, de croire en Jésus-Christ, déjà connu.
Pensées XIII 826
Il n'y a nulle raison de croire en l'Antechrist, qui ne soit à croire en Jésus-Christ ; mais il y en a en Jésus-Christ, qui ne sont pas en l'autre.
Pensées XIII 826
Contestation. – Abel, Caïn ; Moïse, magiciens ; Élie, faux prophètes ; Jérémie, Hananias ; Michée, faux prophètes ; Jésus-Christ, Pharisiens ; saint Paul, Barjésu ; Apôtres, exorcistes ; les chrétiens et les infidèles ; les catholiques, les hérétiques ; Élie, Énoch ; Antechrist.
Pensées XIII 828
– L'Antechrist in signis mendacibus, dit saint Paul, II Thess., II.
Pensées XIII 842
L'Antechrist et les faux prophètes, prédits par l'un et l'autre Testament, parleront ouvertement contre Dieu et contre Jésus-Christ. Qui n'est point caché… Qui serait ennemi couvert, Dieu ne permettrait pas qu'il fît des miracles ouvertement. Jamais en une dispute publique où les deux parties se disent à Dieu, à Jésus-Christ, à l'Église, les miracles ne sont du côté des faux chrétiens, et l'autre côté sans miracles.
Pensées XIII 843
Deuxième objection : « Mais l'Antechrist fera des signes. »
Pensées XIII 846
Les magiciens de Pharaon ne séduisaient point à erreur. Ainsi on ne pourra pas dire à Jésus-Christ sur l'Antechrist : « Vous m'avez induit à erreur. » Car l'Antechrist les fera contre Jésus-Christ et ainsi ils ne peuvent induire à erreur. Ou Dieu ne permettra point de faux miracles, ou il en procurera de plus grands.
Pensées XIII 846
Les magiciens de Pharaon ne séduisaient point à erreur. Ainsi on ne pourra pas dire à Jésus-Christ sur l'Antechrist : « Vous m'avez induit à erreur. » Car l'Antechrist les fera contre Jésus-Christ et ainsi ils ne peuvent induire à erreur. Ou Dieu ne permettra point de faux miracles, ou il en procurera de plus grands.
Pensées XIII 846
[Depuis le commencement du monde Jésus-Christ subsiste : cela est plus fort que tous les miracles de l'Antechrist.]
Pensées XIII 846
Et ainsi tant s'en faut que ces passages, Deutéronome, XIII2, fussent contre l'autorité des miracles, que rien n'en marque davantage la force. Et de même pour l'Antechrist : « Jusqu'à séduire les élus, s'il était possible. »
Pensées XIII 850
 
 ANÉANTI............1
Si le pied avait toujours ignoré qu'il appartînt au corps, et qu'il y eût un corps dont il dépendît, s'il n'avait eu que la connaissance et l'amour de soi, et qu'il vînt à connaître qu'il appartient à un corps duquel il dépend, quel regret, quelle confusion de sa vie passée, d'avoir été inutile au corps qui lui a influé la vie, qui l'eût anéanti s'il l'eût rejeté et séparé de soi, comme il se séparait de lui ! Quelles prières d'y être conservé ! et avec quelle soumission se laisserait-il gouverner à la volonté qui régit le corps, jusqu'à consentir à être retranché s'il le faut ! ou il perdrait sa qualité de membre ; car il faut que tout membre veuille bien périr pour le corps, qui est le seul pour qui tout est.
Pensées VII 476
 
 ANÉANTIR...........3
Amour-propre. – La nature de l'amour-propre et de ce moi humain est de n'aimer que soi et de ne considérer que soi. Mais que fera-t-il ? Il ne saurait empêcher que cet objet qu'il aime ne soit plein de défauts et de misères : il veut être grand, il se voit petit ; il veut être heureux, et il se voit misérable ; il veut être parfait, et il se voit plein d'imperfections ; il veut être l'objet de l'amour et de l'estime des hommes, et il voit que ses défauts ne méritent que leur aversion et leur mépris. Cet embarras où il se trouve produit en lui la plus injuste et la plus criminelle passion qu'il soit possible de s'imaginer ; car il conçoit une haine mortelle contre cette vérité qui le reprend, et qui le convainc de ses défauts. Il désirerait de l'anéantir, et, ne pouvant la détruire en elle-même il la détruit, autant qu'il peut, dans sa connaissance et dans celle des autres ; c'est-à-dire qu'il met tout son soin à couvrir ses défauts et aux autres et à soi-même, et qu'il ne peut souffrir qu'on les lui fasse voir ni qu'on les voie.
Pensées II 100
Il n'y a rien de plus visible que cela et qu'ainsi, selon les principes de la raison, la conduite des hommes est tout à fait déraisonnable, s'ils ne prennent une autre voie. Que l'on juge donc là-dessus de ceux qui vivent sans songer à cette dernière fin de la vie, qui se laissent conduire à leurs inclinations et à leurs plaisirs sans réflexion et sans inquiétude, et, comme s'ils pouvaient anéantir l'éternité en en détournant leur pensée, ne pensent à se rendre heureux que dans cet instant seulement.
Pensées III 195
« Si j'avais vu un miracle, disent-ils, je me convertirais. » Comment assurent-ils qu'ils feraient ce qu'ils ignorent ? Ils s'imaginent que cette conversion consiste en une adoration qui se fait de Dieu comme un commerce et une conversion telle qu'ils se la figurent. La conversion véritable consiste à s'anéantir devant cet Être universel qu'on a irrité tant de fois, et qui peut vous perdre légitimement à toute heure ; à reconnaître qu'on ne peut rien sans lui, et qu'on n'a mérité rien de lui que sa disgrâce. Elle consiste à connaître qu'il y a une opposition invincible entre Dieu et nous, et que, sans un médiateur, il ne peut y avoir de commerce.
Pensées VII 470
 
 ANÉANTIT...........3
L'unité jointe à l'infini ne l'augmente de rien, non plus qu'un pied à une mesure infinie. Le fini s'anéantit en présence de l'infini, et devient un pur néant. Ainsi notre esprit devant Dieu ; ainsi notre justice devant la justice divine. Il n'y a pas si grande disproportion entre notre justice et celle de Dieu, qu'entre l'unité et l'infini. Il faut que la justice de Dieu soit énorme comme sa miséricorde. Or, la justice envers les réprouvés est moins énorme et doit moins choquer que la miséricorde envers les élus.
Pensées III 233
De cette confusion arrive que l'un dit que l'essence de la justice est l'autorité du législateur, l'autre la commodité du souverain, l'autre la coutume présente ; et c'est le plus sûr : rien, suivant la seule raison, n'est juste de soi, tout branle avec le temps. La coutume fait toute l'équité, par cette seule raison qu'elle est reçue ; c'est le fondement mystique de son autorité. Qui la ramène à son principe, l'anéantit. Rien n'est si fautif que ces lois qui redressent les fautes ; qui leur obéit parce qu'elles sont justes, obéit à la justice qu'il imagine, mais non pas à l'essence de la loi ; elle est toute ramassée en soi ; elle est loi, et rien davantage. Qui voudra en examiner le motif le trouvera si faible et si léger, que, s'il n'est accoutumé à contempler les prodiges de l'imagination humaine, il admirera qu'un siècle lui ait tant acquis de pompe et de révérence. L'art de fronder, bouleverser les États, est d'ébranler les coutumes établies, en sondant jusque dans leur source, pour marquer leur défaut d'autorité et de justice. « Il faut, dit-on, recourir aux lois fondamentales et primitives de l'État, qu'une coutume injuste a abolies. » C'est un jeu sûr pour tout perdre ; rien ne sera juste à cette balance. Cependant le peuple prête aisément l'oreille à ces discours. Ils secouent le joug dès qu'ils le reconnaissent ; et les grands en profitent à sa ruine, et à celle de ces curieux examinateurs des coutumes reçues. Mais, par un défaut contraire, les hommes croient quelquefois pouvoir faire avec justice tout ce qui n'est pas sans exemple. C'est pourquoi le plus sage des législateurs disait que, pour le bien des hommes, il faut souvent les piper ; et un autre, bien politique : Cum veritatem qua liberetur ignoret, expedit quod fallatur. Il ne faut pas qu'il sente la vérité de l'usurpation ; elle a été introduite autrefois sans raison, elle est devenue raisonnable ; il faut la faire regarder comme authentique, éternelle, et en cacher le commencement, si l'on ne veut qu'elle ne prenne bientôt fin.
Pensées V 294
Pyrrhonisme. – Chaque chose est ici vraie en partie, fausse en partie. La vérité essentielle n'est pas ainsi ; elle est toute pure et toute vraie. Ce mélange la déshonore et l'anéantit. Rien n'est purement vrai ; et ainsi rien n'est vrai, en l'entendant du pur vrai. On dira qu'il est vrai que l'homicide est mauvais ; oui, car nous connaissons bien le mal et le faux. Mais que dira-t-on qui soit bon ? La chasteté ? je dis que non, car le monde finirait. Le mariage ? non : la continence vaut mieux. De ne point tuer ? non, car les désordres seraient horribles, et les méchants tueraient tous les bons. De tuer ? non, car cela détruit la nature. Nous n'avons ni vrai ni bien qu'en partie, et mêlé de mal et de faux.
Pensées VI 385