FORCES............7
Avec le Traité sur la vie ascétique, voici encore, Père Elpidios, un ouvrage sur l'amour que j'envoie à votre Honneur, en quatre centuries : autant que d'évangiles. Il ne répondra peut-être pas à votre attente, j'ai du moins fait tout ce que j'ai pu. Du reste, que votre Sainteté le sache, ce n'est pas un pur fruit de ma pensée : j'ai parcouru les oeuvres des saints pères, et recueilli des extraits qui ramènent l'esprit à mon sujet. Souvent, j'ai résumé en sentences brèves de longs développements, pour que, plus faciles à retenir, ils puissent être embrassés dun seul coup d'oeil. J'envoie ce livre à votre Sainteté, en lui demandant de le lire avec bienveillance, sans chercher autre chose que le profit, d'oublier l'inélégance de mon style et de prier pour le pauvre homme que je suis, si dépourvu d'utilité spirituelle. Je vous prie, en outre, de ne pas croire que j'ai écrit cela pour vous rompre la tête : je n'ai fait qu'exécuter un ordre. (Si je vous parle ainsi, c'est qu'aujourd'hui nous sommes nombreux à nous rompre la tête à force de théorie. Mais à instruire les autres et à nous instruire nous-mêmes par la pratique, fort rares.) Au contraire, appliquez-vous de toutes vos forces à chacun des sentences. Car elle ne sons pas toutes, je crois, faciles à saisir pour tous; mais la plupart ont bien souvent besoin d'une, longue explication, même si l'expression paraît fort simple. Peut-être aussi vous révéleront-elles quelque secret utilité pour l'âme. Mais ce sera entièrement l'effet de la grâce de Dieu et d'une lecture pure de toute curiosité, pleine de crainte de Dieu et d'amour. Mais pour qui ne recherche pas l'utilité spirituelle, et qui au lieu de s'y efforcer comme je viens de dire ou d'une manière analogue, épluche les phrases dans le but de critiquer l'auteur et, par orgueil, d'établir une comparaison flatteuse pour son propre savoir, rien d'utile ne se manifestera jamais nulle part.
Centuries sur la Charité PROLOGUE
32. Trois forces nous meuvent au bien : les tendances profondes de la nature, les bons anges, la volonté bonne. Le fonds de la nature, quand nous faisons à autrui ce que nous voudrions qu'on nous fît, ou que, voyant un homme dans une situation critique, nous éprouvons pour lui une pitié naturelle; les bons anges, quand, prêts à une bonne action, nous sentons leur concours favorable et cheminons sans difficulté; la volonté bonne quand, discernant le bien et le mal, nous choisissons délibérément le bien.
Centuries sur la Charité DEUXIÈME CENTURIE
33. Inversement, trois forces nous poussent au mal : les passions, les démons, la volonté mauvaise. Les passions, quand nous sentons une convoitise déraisonnable : manger à contretemps, sans nécessité , jouir d'une femme, surtout si ce n'est pas la nôtre, en refusant de procréer des enfants; quand nous nous mettons en colère, que nous nous laissons aller outre mesure à l'amertume, contre un homme, par exemple, qui nous a manqué d'égards ou fait du tort; les démons, quand par exemple, à un moment de négligence, nous sommes tout d'un coup violemment assaillis comme par un adversaire à l'affût, qui bouleverse les passions dont nous venons de parler; la volonté mauvaise, quand, sachant où est le bien, nous choisissons le mal.
Centuries sur la Charité DEUXIÈME CENTURIE
38. Le démon de l'orgueil a deux tactiques : ou il suggère au moine, de s'attribuer à soi-même les bonnes oeuvres, au lieu de les rendre à Dieu, Maître de tout bien, aide de tout succès, ou bien, si le moine fait la sourde oreille, il lui inspire du mépris pour ses frères encore imparfaits. Et cette tentation-là, sans qu'on s'en doute, mène à refuser l'aide de Dieu, car mépriser les autres comme n'ayant pas su bien agir, cela revient à attribuer ses bonnes actions à ses propres forces. Erreur profonde, a dit le Maître : Sans Moi vous ne pouvez rien faire. Notre faiblesse, en effet, même si nous sommes orientés vers le bien, nous empêche de pousser jusqu'au bout sans le concours du Guide des bonnes action.
Centuries sur la Charité DEUXIÈME CENTURIE
48. Chez l'homme dont l'esprit est tout entier tourné vers Dieu, même la convoitise donne des forces à l'amour brûlant pour Dieu, même la puissance irascible se porte d'une pièce vers la charité divine. C'est qu'a la longue, la participation a l'illumination divine l'a rendu lumineux lui-même et concentrant en soi toute la force de ses puissances inférieures, il l'a tournée vers un amour brûlant, insatiable, comme je viens de le dire, et une charité sans limite pour Dieu, la convertissant totalement du terrestre au divin.
Centuries sur la Charité DEUXIÈME CENTURIE
92. Il est, dit-on, quatre forces qui modifient l'état du corps, et fournissent ainsi à l'esprit des pensées passionnées ou non : les anges, les démons, l'atmosphère, la nourriture. Les anges, dit-on, le modifient par parole; les démons, par attouchement, l'atmosphère, par ses variations; la nourriture, par les qualités des mets et des boissons, leur abondance ou leur rareté. En outre, il y a les modifications qui viennent à l'âme par la mémoire, l'ouïe et la vue et on elle est directement affectée par ce qui lui arrive, chagrins ou joies. Alors c'est l'âme qui subit ces impressions et modifie l'état du corps; tandis que, dans les cas ci-dessus énumérés, c'est l'état du corps qui, modifié, fournit à l'esprit des pensées.
Centuries sur la Charité DEUXIÈME CENTURIE
63. Ne consacre pas tout ton temps à discipliner ta chair, mais fixe-lui un programme en rapport avec ses forces et, ton esprit tout entier, tourne-le vers l'intérieur. Car l'entraînement du corps est profitable pour un peu, mais la piété, profitable en tout... (1 Tim 4,8) et la suite.
Centuries sur la Charité QUATRIÈME CENTURIE
 
 FORME.............8
4. L'effet des commandements , c'est de rendre simples les représentations des choses. Celui de la lecture et de la contemplation, c'est de rendre l'esprit sans matière et sans forme. D'où résulte la prière sans distractions.
Centuries sur la Charité DEUXIÈME CENTURIE
61. Le plus haut état de la prière, dit-on, c'est lorsque l'esprit sort de la chair et du monde et, dans l'acte de la prière, perd toute matière et toute forme. Se maintenir sans défaillance en cet état, c'est en réalité prier sans cesse.
Centuries sur la Charité DEUXIÈME CENTURIE
85. Certains prétendent que les démons viennent toucher pendant le sommeil les parties honteuses, ce qui émeut les passions de Iuxure; puis cette passion mise en branle suscite à travers la mémoire jusqu'en l'esprit une image de femme. Pour d'autres, ces mêmes démons apparaîtraient à l'esprit sous forme de femmes, toucheraient les parties honteuses pour provoquer le désir; et ainsi surgiraient les images. Pour d'autres au contraire, c'est la passion propre du démon qui, lorsqu'il s'approche, excite la nôtre; et pendant qu'elle suscite les images dans la mémoire, l'âme s'attache aux pensées. On pourrait en dire autant de toutes les images passionnées et expliquer leur apparition de telle ou telle manière. Une chose est certaine; c'est qu'en aucun cas les démons n'acquièrent le pouvoir d'exciter une passion, qu'on dorme ou qu'on veille, si l'amour et la maîtrise de soi résident dans l'âme.
Centuries sur la Charité DEUXIÈME CENTURIE
24. La nature raisonnable et spirituelle participe du Dieu saint, par son être même, par son aptitude à bien être (je veux dire par son aptitude à la bonté et à la sagesse), et par le don gratuit du toujours être. C'est par cette participation qu'elle connaît Dieu. Quant aux créatures, elle en a la connaissance, je le répète, par la perception de la sagesse ordonnatrice, qu'elle contemple dans les créatures et qui se retrouve, à l'état pur et non sous forme de substance, dans l'esprit.
Centuries sur la Charité TROISIÈME CENTURIE
30. Parmi les créatures, les unes, raisonnables et spirituelles, peuvent admettre des contraires : vertu ou vice, science ou ignorance. Les autres sont les divers corps, composés d'éléments contraires : air, terre, feu, eau. Les premières sont tout incorporelles et immatérielles, bien que certaines d'entre elles soient unies à des corps. Les autres ne sont constituées que de matière et de forme.
Centuries sur la Charité TROISIÈME CENTURIE
61. La vaine gloire, qu'elle soit détruite ou qu'elle demeure, produit l'orgueil, sous forme de présomption quand elle est détruite et, quand elle demeure, de jactance.
Centuries sur la Charité TROISIÈME CENTURIE
97. Recevant les représentations des choses, l'esprit se modèle naturellement sur chacune d'elles. Quand il les contemple spirituellement, il prend diverses manières d'être suivant les divers objets de sa contemplation. Quand il est en Dieu, il perd toute forme et toute figure.
Centuries sur la Charité TROISIÈME CENTURIE
42. Quand tu n'as dans la pensée ni parole ni acte honteux, que tu ne gardes pas rancune à qui t'a fait du tort ou a dit du mal de toi, et qu'au moment de la prière tu as toujours l'esprit sans matière et sans forme, sache alors que tu as atteint la pleine mesure de la liberté intérieure et de la charité parfaite.
Centuries sur la Charité QUATRIÈME CENTURIE
 
 FORTUNE...........12
16. La passion est un mouvement de l'âme contre nature, par suite d'un amour sans raison, ou d'une aversion irréfléchie pour un objet sensible quelconque, ou à cause de lui. Amour sans raison, par exemple, de la bonne chère, d'une femme, d'une fortune, d'une renommée qui passe, de n'importe quel objet sensible, ou bien d'autre chose à cause de cet objet. Aversion aveugle, soit pour un de ces objets, soit pour un autre à cause de lui.
Centuries sur la Charité DEUXIÈME CENTURIE
75. Les choses mises par Dieu à notre usage sont soit dans notre âme, soit, dans notre corps, soit autour de notre corps. Ainsi, dans notre âme, ses facultés dans notre corps, les organes des sens, les autres membres, autour de notre corps, la nourriture, la fortune, etc... De toutes ces choses par conséquent, et des accidents qui les modifient, l'usage que nous faisons, s'il est bon, prouve notre vertu, s'il est mauvais, notre méchanceté.
Centuries sur la Charité DEUXIÈME CENTURIE
77. La connaissance est un bien par nature. De même la santé. Pourtant, leurs contraires se sont, la plupart du temps, montré plus utiles qu'elles. C'est que dans un sujet dépravé la connaissance n'entraîne pas le bien, quoique, je le répète, elle soit par nature un bien. Et pas davantage la santé, la fortune, la joie. Un tel homme, en effet, ne sait pas s'en servir. Le contraire lui est plus utile. Aussi bien, ces contraires ne sont pas en soi mauvais, malgré l'apparence.
Centuries sur la Charité DEUXIÈME CENTURIE
91. Ceux qu'en cette vie la Providence de Dieu éprouve pour les exercer a la vie intérieure subissent trois sortes de tentations, celle de la prospérité, par où leur viennent santé, beauté, fécondité, fortune, célébrité, etc...; celle du malheur, quand ils perdent enfants, fortune, réputation; celle de la douleur, qui inflige à leur corps maladies ou autres supplices. Aux premiers s'applique cette parole du Seigneur : Qui ne renonce à tout ce qu'il possède, ne peut être mon disciple. (Lc 19,33) Aux deux autres, celle-ci : Par votre patience, vous gagnerez vos âmes. (Lc 21,19).
Centuries sur la Charité DEUXIÈME CENTURIE
91. Ceux qu'en cette vie la Providence de Dieu éprouve pour les exercer a la vie intérieure subissent trois sortes de tentations, celle de la prospérité, par où leur viennent santé, beauté, fécondité, fortune, célébrité, etc...; celle du malheur, quand ils perdent enfants, fortune, réputation; celle de la douleur, qui inflige à leur corps maladies ou autres supplices. Aux premiers s'applique cette parole du Seigneur : Qui ne renonce à tout ce qu'il possède, ne peut être mon disciple. (Lc 19,33) Aux deux autres, celle-ci : Par votre patience, vous gagnerez vos âmes. (Lc 21,19).
Centuries sur la Charité DEUXIÈME CENTURIE
47. Il y a dans le monde bien des pauvres d'esprit, mais non pas de ceux qu'il faudrait; bien des affligés, mais d'avoir perdu leur fortune ou leurs enfants; bien des doux, mais pour satisfaire des passions impures; bien des affamés ou altérés, mais du bien d'autrui et de profits injustes; bien des compatissants, mais pour leur corps et ce qui l'intéresse, des coeurs purs, mais par vanité; des pacifiques, mais parce qu'ils ont soumis l'âme à la chair; des persécutés sans nombre, mais pour leur indiscipline; beaucoup d'injuriés, mais à cause de péchés honteux. Ceux-là seulement sont heureux, qui agissent et endurent pour le Christ et d'après le Christ. Pourquoi ? Parce qu'à eux est le royaume des cieux, parce qu'ils verront Dieu, etc... Ce n'est donc pas parce qu'ils agissent ou endurent qu'ils sont heureux, mais parce qu'ils agissent ou endurent pour le Christ et à l'imitation du Christ.
Centuries sur la Charité TROISIÈME CENTURIE
64. Celui dont les désirs se bornent aux choses de la terre convoite la bonne chère, le plaisir sexuel, la célébrité, la fortune et tout ce qu'elles entraînent. Si son esprit ne trouve aucun objet meilleur vers quoi tourner la convoitise, il restera à jamais incapable de mépriser ces objets-là. Combien plus excellente, sans comparaison, la connaissance de Dieu et des réalités divines !
Centuries sur la Charité TROISIÈME CENTURIE
49. Voici des objets pour lesquels nous éprouvons des passions : les femmes, la fortune, les présents et autres. Les femmes, on devient capable de n'en plus faire cas, lorsque, retiré dans la solitude, on macère son corps, comme il convient, par la mortification, la fortune, quand on se résout intérieurement à s'en tenir toujours au strict nécessaire; la gloire, lorsqu'on se plaît à pratiquer la vertu dans le secret, aux yeux de Dieu seul, et ainsi du reste. Qui se conduit ainsi n'en vient jamais à détester qui que ce soit.
Centuries sur la Charité QUATRIÈME CENTURIE
49. Voici des objets pour lesquels nous éprouvons des passions : les femmes, la fortune, les présents et autres. Les femmes, on devient capable de n'en plus faire cas, lorsque, retiré dans la solitude, on macère son corps, comme il convient, par la mortification, la fortune, quand on se résout intérieurement à s'en tenir toujours au strict nécessaire; la gloire, lorsqu'on se plaît à pratiquer la vertu dans le secret, aux yeux de Dieu seul, et ainsi du reste. Qui se conduit ainsi n'en vient jamais à détester qui que ce soit.
Centuries sur la Charité QUATRIÈME CENTURIE
50. Qui a renoncé aux objets, femmes, fortune, etc., s'est fait moine pour l'extérieur, mais non pas encore pour l'intérieur. Qui a renoncé aux représentations passionnées de ces objets s'est fait moine jusqu'à l'intérieur, c'est-à-dire à l'esprit. Pour l'extérieur, il est facile de se faire moine : il suffit d'un acte de volonté; mais pour se faire moine jusqu'à l'intérieur, la lutte est dure.
Centuries sur la Charité QUATRIÈME CENTURIE
66. Bien de ce que Dieu a mis à notre usage n'est proscrit par l'Écriture : elle se contente de réprimer l'excès, de corriger le déraisonnable. Ainsi elle ne défend pas de manger, de procréer des enfants, d'avoir de la fortune et de l'administrer convenablement, mais bien d'être gourmand, débauché et le reste... Pas davantage, elle n'interdit de penser à ces choses - elles sont faites pour qu'on y pense - mais d'y penser avec passion.
Centuries sur la Charité QUATRIÈME CENTURIE
75. L'amour de Dieu est l'adversaire de la convoitise : c'est lui qui amène l'esprit à s'abstenir des plaisirs. L'amour du prochain, lui, s'oppose à la colère : c'est lui qui rend indifférent à la gloire et à la fortune. Voici les deux deniers que le Sauveur a donné à l'hôtelier pour qu'il le soigne. Mais veille à ne pas te montrer ingrat en l'associant aux brigands, sinon tu seras de nouveau assailli et laissé non plus à demi, mais tout à fait mort.
Centuries sur la Charité QUATRIÈME CENTURIE