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ABAISSE......................3
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Jérusalem veut dire une hauteur, comme je l’ai dit au Mariengarten : Ce qui est en haut, on lui dit : Descends. Ce qui est en bas, on lui dit : Monte. Si tu es en bas et si j’étais au-dessus de toi il me faudrait m’abaisser vers toi. Ainsi fait Dieu ; si tu t’humilies, alors Dieu s’abaisse d’en haut et vient vers toi. La terre est ce qu’il y a de plus éloigné du ciel, et [elle] s’est recroquevillée dans un recoin et a honte et voudrait échapper au beau ciel, d’un recoin vers l’autre. Quel sera donc son point d’arrêt ? Échappe-t-elle vers le bas, elle parvient au ciel ; échappe-t-elle vers le haut, elle ne peut pourtant lui échapper. Il la pourchasse dans un recoin, et imprime sa force en elle et la rend féconde. Pourquoi ? Ce qui est le plus élevé flue dans ce qui est le plus bas. Une étoile est au-dessus du soleil ; c’est l’étoile la plus élevée ; elle est plus noble que le soleil ; elle flue dans le soleil et illumine le soleil, et toute la lumière qu’a le soleil, il l’a de cette étoile. Que veut dire que le soleil ne brille pas aussi bien de nuit que de jour. Cela veut dire que le soleil, en sa toute solitude, n’est pas assez puissant à partir de lui-même, qu’il est quelque déficience dans le soleil, ce que pouvez voir en ce qu’il est sombre en une de ses extrémités et, pendant la nuit, la lune et les étoiles prennent de lui leur lumière et la portent ailleurs ; alors il brille ailleurs, dans un autre pays. Cette étoile flue non pas seulement dans le soleil, mais elle flue à travers le soleil et à travers toutes les étoiles, et flue dans la terre et la rend féconde. Il en est tout ainsi de l’homme vraiment humble, qui a rejeté au-dessous de soi toutes créatures et se soumet à Dieu ; Dieu de par sa bonté ne manque pas de s’épancher pleinement en cet homme ; il se trouve contraint de le faire de toute nécessité. Veux-tu être en haut et être élevé, il te faut être alors en bas, loin du flux du sang et de la chair, car une racine de tous péchés et de toutes souillures est la superbe cachée, dissimulée, d’où ne proviennent que souffrance et douleur. C’est ainsi que l’humilité est une racine de tout bien, et là-dessus ce qui suit.
| Eckhart Sermons 14 |
L’homme qui serait vraiment humble, ou bien il faudrait que Dieu perde toute sa déité et il faudrait qu’il en sorte pleinement, ou bien il lui faudrait s’épancher et il lui faudrait pleinement fluer dans l’homme. Je pensais cette nuit que l’élévation de Dieu tient à ma bassesse ; là où je m’abaisse, là Dieu se trouve élevé. Jérusalem doit se trouver illuminée, disent l’Ecriture et le prophète. Plus, je pensais cette nuit que Dieu doit se trouver dépouillé de son élévation, non pas absolument mais intérieurement, et cela signifie Dieu dépouillé de son élévation, ce qui me plut tant que je l’ai écrit dans mon livre. Cela dit donc : Un Dieu dépouillé de son élévation, non pas absolument mais intérieurement ; pour que nous devions nous trouver élevés. Ce qui était en haut était à l’intérieur. Tu dois te trouver intériorisé, et à partir de toi-même dans toi-même, pour qu’il soit en toi. Non que nous prenions quelque chose de ce qui est au-dessus de nous ; nous devons prendre en nous, et devons prendre à partir de nous dans nous-mêmes.
| Eckhart Sermons 14 |
Au-dessus de cette lumière est la grâce ; celle-ci ne vient jamais dans intellect ni dans volonté. Grâce doit-elle venir dans intellect, il faut alors qu’intellect et volonté en viennent au-dessus de soi-même. Cela ne peut être, car la volonté est si noble en elle-même qu’elle ne peut se trouver emplie que par l’amour divin. Amour divin opère des œuvres fort grandes. Il est encore une partie au-dessus de cela, c’est intellect : celui-ci est si noble en lui-même qu’il ne peut se trouver accompli que par vérité divine. C’est pourquoi un maître dit : Il est je ne sais quoi de très secret qui est au-dessus de cela, c’est le chef de l’âme. C’est là qu’advient l’union proprement dite entre Dieu et l’âme. Grâce n’opéra jamais aucune œuvre bonne, c’est-à-dire : elle n’opéra jamais aucune œuvre; elle flue certes à l’extérieur dans l’exercice d’une vertu. Grâce n’unit jamais en aucune œuvre. Grâce est un demeurer à l’intérieur et un demeurer-avec de l’âme en Dieu. Tout ce qui eut nom d’œuvre ou s’appela œuvre, extérieurement et intérieurement, c’est de trop peu de prix pour cela. Toutes les créatures cherchent quelque chose d’égal à Dieu ; plus elles sont de peu de prix, plus elles cherchent de façon extravertie, comme air et eau : ils s’écoulent. Mais le ciel, qui est plus noble, cherche de façon plus proche quelque chose d’égal à Dieu ; le ciel mène inlassablement sa course, et dans sa course il produit toutes les créatures : en cela il s’égale à Dieu, plus : il n’a pas cela pour visée : quelque chose au-dessus de cela. En outre : dans sa course, il cherche un repos. Jamais le ciel ne s’abaisse à aucune œuvre par quoi il serve aucune créature qui est en dessous de lui. Par là il s’égale à Dieu de façon plus proche. Là où Dieu s’engendre dans son Fils unique, cela est inaccessible à toutes les créatures. Néanmoins, le ciel s’élance vers l’œuvre que Dieu opère en lui-même. Si [déjà] le ciel et d’autres créatures qui sont de moindre prix font cela : l’âme est plus noble que le ciel.
| Eckhart Sermons 43 |
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ABAISSER.....................3
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Jérusalem veut dire une hauteur, comme je l’ai dit au Mariengarten : Ce qui est en haut, on lui dit : Descends. Ce qui est en bas, on lui dit : Monte. Si tu es en bas et si j’étais au-dessus de toi il me faudrait m’abaisser vers toi. Ainsi fait Dieu ; si tu t’humilies, alors Dieu s’abaisse d’en haut et vient vers toi. La terre est ce qu’il y a de plus éloigné du ciel, et [elle] s’est recroquevillée dans un recoin et a honte et voudrait échapper au beau ciel, d’un recoin vers l’autre. Quel sera donc son point d’arrêt ? Échappe-t-elle vers le bas, elle parvient au ciel ; échappe-t-elle vers le haut, elle ne peut pourtant lui échapper. Il la pourchasse dans un recoin, et imprime sa force en elle et la rend féconde. Pourquoi ? Ce qui est le plus élevé flue dans ce qui est le plus bas. Une étoile est au-dessus du soleil ; c’est l’étoile la plus élevée ; elle est plus noble que le soleil ; elle flue dans le soleil et illumine le soleil, et toute la lumière qu’a le soleil, il l’a de cette étoile. Que veut dire que le soleil ne brille pas aussi bien de nuit que de jour. Cela veut dire que le soleil, en sa toute solitude, n’est pas assez puissant à partir de lui-même, qu’il est quelque déficience dans le soleil, ce que pouvez voir en ce qu’il est sombre en une de ses extrémités et, pendant la nuit, la lune et les étoiles prennent de lui leur lumière et la portent ailleurs ; alors il brille ailleurs, dans un autre pays. Cette étoile flue non pas seulement dans le soleil, mais elle flue à travers le soleil et à travers toutes les étoiles, et flue dans la terre et la rend féconde. Il en est tout ainsi de l’homme vraiment humble, qui a rejeté au-dessous de soi toutes créatures et se soumet à Dieu ; Dieu de par sa bonté ne manque pas de s’épancher pleinement en cet homme ; il se trouve contraint de le faire de toute nécessité. Veux-tu être en haut et être élevé, il te faut être alors en bas, loin du flux du sang et de la chair, car une racine de tous péchés et de toutes souillures est la superbe cachée, dissimulée, d’où ne proviennent que souffrance et douleur. C’est ainsi que l’humilité est une racine de tout bien, et là-dessus ce qui suit.
| Eckhart Sermons 14 |
J’ai pensé parfois, tandis que je venais ici, que l’homme dans le temps peut en venir à pouvoir contraindre Dieu. Si j’étais ici en haut et disais à quelqu’un : « Monte ! », cela serait difficile. Si je disais plutôt : « Assieds-toi ! », cela serait facile. Ainsi fait Dieu. Lorsque l’homme s’humilie, Dieu ne peut pas se retenir, de par sa bonté propre, il lui faut s’abaisser et s’épancher dans l’homme humble, et là celui qui est le plus petit il se donne le plus et se donne à lui pleinement. Ce que Dieu donne, c’est son être, et son être fait sa bonté, et sa bonté fait son amour. Toute souffrance et toute joie proviennent d’amour. J’ai pensé en chemin, lorsque je devais venir ici, que je ne voulais pas venir ici, car je serais inondé [de larmes] par amour. Quand avez-vous été inondés [de larmes] par amour, laissons cela. Joie et souffrance proviennent d’amour. L’homme ne doit pas craindre Dieu, car celui qui le craint celui-là le fuit. Cette crainte est une crainte dommageable. [Mais] c’est une crainte comme il faut [qu’éprouve] celui qui craint de perdre Dieu. L’homme ne doit pas le craindre, il doit l’aimer, car Dieu aime l’homme avec toute sa perfection la plus haute. Les maîtres disent que toutes choses opèrent selon qu’elles veulent engendrer et veulent s’égaler au Père, et disent : La terre fuit le ciel ; si elle fuit vers le bas, elle parvient au ciel vers le bas ; fuit-elle vers le haut, elle parvient à ce qui du ciel est le plus bas. La terre ne peut fuir si bas que la terre ne se déverse en elle et ne la rende fertile, que ce lui soit agréable ou non. Ainsi fait l’homme qui s’imagine fuir Dieu et ne peut pourtant pas le fuir ; tous les recoins lui sont une révélation. Il s’imagine fuir Dieu et s’engouffre [pourtant] dans son sein. Dieu engendre son Fils unique en toi, que ce te soit agrément ou souffrance, que tu dormes ou que tu veilles, il fait ce qui est sien. Je disais récemment, qu’est-ce [donc] qui serait responsable de ce que l’homme ne le goûte pas, et dis [que] serait responsable le fait que sa langue serait chargée d’autre impureté, c’est-à-dire des créatures. De même façon que chez un homme à qui toute nourriture est amère et n’a pas de goût pour lui. Qu’est-ce qui est responsable de ce que la nourriture n’a pas de goût pour nous ? Responsable le fait que nous n’avons pas de sel. Le sel est l’amour divin. Aurions-nous l’amour divin, nous goûterions Dieu et toutes les œuvres que Dieu a jamais opérées, et nous recevrions toutes choses de Dieu, et opérerions toutes les mêmes œuvres qu’il opère. Dans cette égalité nous sommes tous un Fils unique.
| Eckhart Sermons 22 |
«Il leva les yeux d’en bas vers le haut. » Par là il nous enseigne que, lorsque nous voulons prier, nous avons à nous abaisser auparavant dans une vraie humilité de soumission sous toutes les créatures. C’est alors seulement que nous devons nous élever devant le trône de la Sagesse, et autant nous nous sommes abaissés, autant nous sera octroyé ce pour quoi nous prions. Or l’écrit [d’un pape] dit : Lorsque Notre Seigneur élevait les yeux, c’est qu’il voulait opérer une grande œuvre. C’était certes une grande chose qu’il dise : «Fais-les Un avec toi comme moi et toi sommes Un. » Or l’Ecriture dit dans le Livre de la Sagesse, que «Dieu, personne ne l’aime que celui qui habite dans la Sagesse » ; et le Fils est la Sagesse. Dans cette limpidité où le Père a créé l’âme, tout aussi limpides devenons-nous dans la Sagesse qui est le Fils. Car, comme je l’ai dit souvent : II est une porte par laquelle l’âme fait retour au Père, étant donné que tout ce que Dieu jamais opéra n’est rien d’autre qu’une image et un signe de vie éternelle.
| Eckhart Sermons 54b |
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ABAISSÉS.....................1
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«Il leva les yeux d’en bas vers le haut. » Par là il nous enseigne que, lorsque nous voulons prier, nous avons à nous abaisser auparavant dans une vraie humilité de soumission sous toutes les créatures. C’est alors seulement que nous devons nous élever devant le trône de la Sagesse, et autant nous nous sommes abaissés, autant nous sera octroyé ce pour quoi nous prions. Or l’écrit [d’un pape] dit : Lorsque Notre Seigneur élevait les yeux, c’est qu’il voulait opérer une grande œuvre. C’était certes une grande chose qu’il dise : «Fais-les Un avec toi comme moi et toi sommes Un. » Or l’Ecriture dit dans le Livre de la Sagesse, que «Dieu, personne ne l’aime que celui qui habite dans la Sagesse » ; et le Fils est la Sagesse. Dans cette limpidité où le Père a créé l’âme, tout aussi limpides devenons-nous dans la Sagesse qui est le Fils. Car, comme je l’ai dit souvent : II est une porte par laquelle l’âme fait retour au Père, étant donné que tout ce que Dieu jamais opéra n’est rien d’autre qu’une image et un signe de vie éternelle.
| Eckhart Sermons 54b |
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ABANDONNAI...................1
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Celui maintenant qui veut être parfait en ce triple amour, il lui faut de nécessité posséder quatre choses. La première : un vrai détachement de toutes créatures. La seconde : une vraie vie à la Lia, cela veut dire une vie d’œuvre, qui le meut dans le fond de l’âme de par la touche du Saint Esprit. La troisième : une vraie vie à la Rachel, c’est-à-dire une vie de contemplation. La quatrième : un esprit qui s’élève. Un disciple interrogea son maître à propos de l’ordonnance des anges. Alors il l’enseigna et dit : « Va-t’en et enfouis-toi en toi-même jusqu’à ce que tu le comprennes, et abandonne-toi là avec ton être et veille à ce que tu ne sois en rien d’autre qu’en ce que tu trouves en lui. Alors il t’apparaîtra tout d’abord à quel point tu es tous les anges avec tous les anges. » Le disciple s’en alla et s’enfouit en lui-même jusqu’à ce qu’il eût trouvé tout cela selon la vérité. Alors il alla de nouveau vers le maître, et le remercia et dit : « Il m’est advenu selon que tu m’as dit. Lorsque je m’abandonnai à l’être des anges et m’élevai dans leur être, alors il me sembla en fin de compte que j’étais tous les anges avec tous les anges. » Alors le maître dit : « Eh bien, si tu vas un peu plus loin dans l’origine, alors merveille sur merveille se trouvera opérée dans ton âme » ; car aussi longtemps l’homme s’élève et reçoit par l’intermédiaire de créatures, il n’est pas alors parvenu au repos. Mais lorsqu’il s’élève en Dieu, là il reçoit du Père dans le Fils avec le Fils tout ce que Dieu peut réaliser. Pour qu’ainsi nous nous élevions d’un amour à l’autre et devenions unis en Dieu et demeurions en cela éternellement bienheureux, qu’à cela Dieu nous aide. Amen.
| Eckhart Sermons 75 |
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ABANDONNE....................4
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Le troisième sens : procure ton avantage en toutes choses ! c’est-à-dire : aime Dieu également en toutes choses ! c’est-à-dire : aime Dieu aussi volontiers en pauvreté qu’en richesse, et aime-le autant en maladie qu’en santé ; aime-le autant dans la tentation que sans tentation, et aime-le autant dans souffrir que sans souffrir ! Oui, plus grand le souffrir, plus léger le souffrir, comme de deux seaux : plus lourd l’un, plus léger l’autre, et plus l’homme abandonne, plus facile il lui est d’abandonner. Un homme qui aime Dieu, ce lui serait aussi facile de donner tout ce monde qu’un œuf. Plus il abandonne, plus facile il lui est d’abandonner, comme les Apôtres : plus dures étaient leurs souffrances, plus facilement ils souffraient.
| Eckhart Sermons 30 |
Le troisième sens : procure ton avantage en toutes choses ! c’est-à-dire : aime Dieu également en toutes choses ! c’est-à-dire : aime Dieu aussi volontiers en pauvreté qu’en richesse, et aime-le autant en maladie qu’en santé ; aime-le autant dans la tentation que sans tentation, et aime-le autant dans souffrir que sans souffrir ! Oui, plus grand le souffrir, plus léger le souffrir, comme de deux seaux : plus lourd l’un, plus léger l’autre, et plus l’homme abandonne, plus facile il lui est d’abandonner. Un homme qui aime Dieu, ce lui serait aussi facile de donner tout ce monde qu’un œuf. Plus il abandonne, plus facile il lui est d’abandonner, comme les Apôtres : plus dures étaient leurs souffrances, plus facilement ils souffraient.
| Eckhart Sermons 30 |
Voici bien des années, je n’étais pas ; peu de temps après, mon père et ma mère mangèrent viande et pain et herbe qui croît dans le jardin, et c’est de là que je suis un homme. A cela mon père et ma mère ne purent coopérer, mais c’est Dieu qui sans intermédiaire fit mon corps et créa mon âme selon ce qui est le plus sublime. C’est alors que je pris possession de ma vie (possedi me). Ce grain tend au seigle ; il a dans sa nature qu’il peut devenir froment; c’est pourquoi il ne prend pas de repos avant qu’il ne parvienne à cette nature même. Ce grain de froment a dans sa nature de pouvoir devenir toutes choses; c’est pourquoi il en paye le prix et se livre à la mort afin de devenir toutes choses. Et ce minerai est du cuivre ; il a dans sa nature de pouvoir devenir argent, et l’argent a dans sa nature de pouvoir devenir or; c’est pourquoi il ne prend jamais de repos avant qu’il ne parvienne à cette nature même. Oui, ce bois a dans sa nature qu’il peut devenir une pierre; je dis plus encore : il peut certes devenir toutes choses; il s’abandonne à un feu et se laisse consumer pour se trouver transformé dans la nature du feu, et il devient un avec le un, et il est éternellement un [seul] être. Oui, bois et pierre et os et toutes les herbes ont tous en commun d’être un dans l’origine ; et si cette nature fait cela, que fait alors la nature qui est si nûment en elle-même qu’elle ne cherche ni ceci ni cela mais se déprend de tout ce qui est autre et court seulement vers la limpidité première.
| Eckhart Sermons 51 |
Un maître dit ; Ce qui est le moins en Dieu, toutes les créatures en sont pleines, et sa grandeur n’est nulle part. Je vais vous dire une histoire : un homme interrogea un homme de bien pour savoir ce que signifiait qu’il ait parfois tant de plaisir à la méditation et à la prière et qu’une autre fois il n’y ait pas de plaisir. Alors il lui répondit ce qui suit : le chien qui aperçoit le lièvre et qui le renifle et va sur sa trace court derrière le lièvre ; mais les autres voient celui-ci courir et ils courent aussi, et ils se dégoûtent vite et abandonnent. Il en est ainsi d’un homme qui a vu Dieu et en a le goût : il n’abandonne pas, il poursuit sa course. C’est à ce propos que David dit : « Goûtez et voyez comme Dieu est doux ! » Pour cet homme point de dégoût ; mais les autres se dégoûtent vite. Certaines gens courent devant Dieu, certains à côté de Dieu, certains suivent Dieu. Ceux qui courent devant Dieu, ce sont ceux qui suivent leur volonté propre et ne veulent pas honorer la volonté de Dieu ; c’est tout à fait mal. Les autres, qui vont auprès de Dieu, disent : « Seigneur, je ne veux rien d’autre que ce que tu veux. » Mais sont-ils malades, ils désirent alors que Dieu veuille qu’ils guérissent, et cela est tenable. Les troisièmes suivent Dieu ; là où il veut, là ils le suivent volontiers, et ceux-ci sont parfaits. A ce propos saint Jean dit dans le Livre de la Révélation : «Ils suivent l’agneau partout où il va.» Ces gens suivent Dieu partout où il les mène : dans maladie ou santé, dans bonheur ou malheur. Saint Pierre marcha devant Dieu ; alors Notre Seigneur dit : « Satan, va derrière moi ! » Or Notre Seigneur dit : « Je suis dans le Père et le Père est en moi. » C’est ainsi que Dieu est dans l’âme et que l’âme est en Dieu.
| Eckhart Sermons 59 |